La fidanzata di Bruno Schulz

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Juna, Józefina Szeliska il suo vero nome, a 28 anni divenne la fidanzata e musa di Bruno Schulz. Il loro rapporto durò solo quattro anni: troppo diversi i loro caratteri, troppo diversi i modi di intendere la vita.
“Bruno Schulz aveva senza dubbio paura di amare, egli preferiva navigare in acque torbide per ‘lavarsi’; era questo il suo modo per restare in vita, per sbarcare il lunario”. Pur rappresentando per lui un forte ancoraggio alla vita, Bruno non riusciva a soddisfare i bisogni di Juna di vivere in città e sposarsi.
Dopo un primo tentativo di suicidio, Juna lasciò Bruno, senza dimenticarlo mai, facendone il fantasma che l’avrebbe accompagnata per tutta la vita. Del loro rapporto rimase un pacco di lettere che Juna ha conservato gelosamente fino alla morte.

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[..] Elle avait remarqué plusieurs fois cet homme – ce “jeune homme”, elle y pensait à la façon d’une mère – Rue Mickiewicz. Il s’arrêtait devant elle à une certaine distance, comme pour lui céder le passage. Il reculait en penchant légèrement la tête pour la laisser passer. Elle avait gardé ce geste en mémoire, cette expression d’adoration dans ses yeux et d’humilité dans son attitude. De la façon légère qu’il avait de tirer son chapeau, en revanche, elle n’avait presque aucun souvenir, hormis son insistance et une sorte d’intense perversité. Un être original, mais intriguant. [..]

Quelques mois plus tard, au début du printemps 1933, un professeur de physique qu’elle avait parfois aperçu en compagnie de cet homme lui rendit visite à son école. Le professeur Aleksy Kuszczak était venu lui porter un message de son collègue trop intimidé pour oser se présenter seul. Il lui demanda si elle accepterait de poser pour un portrait. [..] Elle accepta [..]

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C’est une photographie qu’il a prise. C’est moi, « Juna ».  De longs cheveux noirs comme du charbon, tirés en arrière. Une robe de soie noire à bretelles. Un fin collier de perles. Et sur la bretelle droite, une grande rose sensuelle, entrouverte. Mais avant tout un large décolleté et les épaules nues. C’est lui qui m’a installée, qui m’a fait poser ainsi. Il m’a demandé de découvrir mes jambes. Un instant, pour la photo. Il m’a fait étirer les bras dans un geste ample. Je m’ouvre… Je montre plus que mes bas, je vais plus loin que d’habitude, plus loin que ce que ma mère m’a appris, plus loin qu’il ne sied. (Je ne savais pas encore que je paierais un jour cette frivolité). Le canapé évoque un trône, et moi une souveraine. Je le regarde comme je n’avais jamais regardé personne auparavant. Séduisante, attirante. Mais également sûre de moi, voire un peu sévère. Comme si j’allais réprimander des sujets… Je ne sais pas si c’est à cause de lui que j’ai cette allure. Mais c’est lui qui a mis en scène cette prise de vue. C’est ainsi qu’il m’a créée. Était-ce donc à lui que je voulais plaire alors ? Les yeux sous les paupières légèrement closes semblent sûrs de la réponse. Il n’a reproduit cette image dans aucun de ses dessins. Il n’a jamais fait d’esquisse de mon abandon. Ni de mon désir.  [..]

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(di Bruno racconta)
OMBRE. Je ne l’ai jamais appelée par son nom. Je me l’étais interdit. Mais maintenant, ici, sur ces bouts de papier coupés bien droit, je peux. J’ai essayé de vivre sans elle. Sans mon ombre juive. Car elle était un poids. Mais aussi un miroir, dans lequel je ne voulais pas voir mon visage. Des générations d’ancêtres souillées par la malédiction sémite et condamnées au poids de cette ombre. Dans cette humilité de la survivance et dans la conviction que les choses doivent être ainsi. Elle était mon démon. Ou peut-être toute mon âme ? Non, il n’y a plus de Juifs, ils sont tous morts. Donc, tais-toi, tais-toi. J’expierai mes propres péchés.
SAINT FLORIAN. Au coin de la rue Floriańska où habitait Bruno, un monument représentait en haut d’une colonne saint Florian en train d’éteindre un incendie. Il vidait un seau sur une petite ville en feu. Mais quand elle se mit à brûler réellement, aucun saint ne put la sauver.
PAPIER. Il adorait le papier, le collectionnait, il s’arrangeait pour en avoir toujours sous la main. Du papier pour écrire, un autre pour dessiner. Des feuilles de couleur pour les pastels. Des ramettes entières de papier à lettres.
CINÉMA. Il allait souvent au cinéma. Il allait voir les chefs-d’œuvre du cinéma muet au cinéma “Olimpia” de Drohobycz et au “Jutrzenka”, dont son frère Izydor fut pendant quelques années le propriétaire. Puis nous y sommes allés ensemble. L’Espion masqué avec Hanka Ordonówna, Halka d’après l’opéra de Moniuszko, avec Kiepura dans le rôle principal. Il prédisait au cinéma un bel avenir en tant qu’art.
THÉÂTRE. L’écran et la salle de cinéma ne lui faisaient pas peur, le théâtre –si. Car il y faisait sombre, les acteurs étaient vivants. Au cinéma, l’écran plat avec sa lumière irréelle lui faisait moins craindre que les choses arrivent réellement. En revanche, les acteurs de théâtre bien réels étaient des sortes de démons capables d’entraîner les gens dans quelque aventure psychique, de faire apparaître un dibbouk.
HOCKEY. Quelqu’un l’a vu une fois à un match. Il disait que pour un peintre c’était un formidable moyen d’étudier le mouvement.
SKI / BRIDGE. Pour lui, une énigme, un faisceau d’impossibles, mais il y avait un train bon marché qui portait ce nom et qu’il prenait de temps en temps pour rentrer à Varsovie. Il avait déjà son billet retour, Nałkowska était là pour valider sa gloire littéraire. J’ouvre ici une parenthèse intérieure.
LEŚMIAN. Bruno possédait Le Pré et La Boisson ombragée dans sa bibliothèque. Je ne sais pas par quel miracle je les ai aujourd’hui entre mes mains. – “Ce côté démoniaque” les rapprochait, répétait B. avec fierté ! Il ne se souvenait pas que le poète était dépendant aux jeux de hasard et qu’il rêvait d’un casino près de Zakopane.
BIANKA. De Bianka marchant dans une allée du parc, il disait : « Inconsciencemment, elle fait mouche avec chacun de ses mouvements. “Peut-être m’avait-il remarquée de la même manière. Il observait les femmes attentivement. Il avait un regard juste. Visiblement, je n’étais ni la première ni la dernière dont il voulait faire le portrait.
TUWIM. Il trouvait sa poésie trop tapageuse. Je sais qu’ils entretenaient une correspondance. Vérifier quand et combien de temps. Le poète, de deux ans son cadet, avait à peine trente ans et ses textes figuraient déjà dans les lectures scolaires. Cela aurait-il déclenché les rêves de Bruno?
MESSIE ??? Quelque part, quelque chose, mais quoi? Explorer les tiroirs. Et ma tête… [..]

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Les souvenirs de Regina S. sont inventés de toutes pièces – [..]
Regina avait écouté attentivement une conversation entre son oncle, sa tante et la fiancée (moi). Elle me trouvait très élégante (c’est gentil), il paraît que je parlais avec enthousiasme de mes rêves d’installation à Paris après notre mariage (incroyable). Regina demanda alors à Bruno assis à côté d’elle : “Et vous monsieur, où avez-vous envie de vivre?” Sans hésitation, comme tiré de son sommeil, il répondit tout bas : “Moi? À Drohobycz.” Elle cite encore : “Il avait le regard plongé dans son assiette, alors que sa jolie fiancée parlait comme portée par l’inspiration. Je jugeai alors la situation de manière simpliste : la sauce ne prendra pas.” (Vraiment? Comment ça? Un nouvel expert analysait notre relation?) C’est ici que nos souvenirs diffèrent manifestement. Regina : “Quand Bruno est rentré à Drohobycz, sa fiancée s’est mise à m’inviter chez elle. Je me souviens qu’elle était grande, belle, debout à côté du poêle en faïence elle me posait des questions sur Schulz avec une expression triste sur le visage… (Le diable est dans les détails. Il n’y avait pas de poêle en faïence dans mon appartement à Varsovie. Je n’ai jamais fait l’honneur à Regina d’une conversation intime! Ça, j’en suis sûre. Sûre et certaine.) Ne se rendait-elle pas compte que… (On dirait que je ne me rends pas compte moi-même… que… je cite à nouveau l’oracle Regina)… que le manque d’esprit pratique dans la vie qui l’empêchait de trouver un emploi à Varsovie et d’organiser leur mariage civil, mais aussi d’autres complications très concrètes, éloignaient Schulz de la vie de couple, de l’amour ou “d’une carrière”? (Encore une femme qui se permet d’avoir une opinion à notre sujet, de nous juger et balancer sans réfléchir ses révélations. Et ce au bout de tant d’années. Toujours et encore.) Et ensuite de déballer : “À vrai dire je ne la connaissais pas et je ne voulais pas blesser cette personne visiblement très déprimée. Je ne pouvais tout de même pas lui dire que Schulz ne parlait qu’à moitié convaincu de “rentrer dans la norme”. Une fois obtenue la reconnaissance qu’il désirait et une certaine célébrité, l’idée d’un changement radical dans sa vie était clairement pour lui un obstacle insupportable.” Encore une spécialiste en psychologie masculine, en brunologie peut-être? Tout cela était donc visible à l’œil nu pour le premier venu? Pourquoi ressasser cette carte postale du passé? Sans compter ce style si lamentable! Peut-être est-ce un devoir auquel je ne peux pas échapper? Le devoir de nourrice et de Cendrillon de la Mémoire dans une seule personne? Le mien, celui de la Muse à la Retraite –oubliée et volontairement enterrée. [..]

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Le 11 juillet 1991, elle avale une poignée d’antalgiques et de somnifères.
Elle a laissé une bouteille de champagne dans le réfrigérateur. Pour le lendemain.
Le 12 juillet, l’anniversaire de Bruno.
Le quatre-vingt-dix-neuvième.
Elle n’attendra pas le centenaire. Elle n’est plus capable d’attendre.
L’Ange et le Diable, témoins de la précédente tentative, ont relâché leur vigilance.
Cette fois, ils ne la sauveront pas. [..]

da La Fiancée de Bruno Schulz –
Agata Tuszynska (biografia romanzata di Józefina Szeliska)
 

 

* tutte le foto sono tratte da una pièce teatrale polacca su Bruno Schulz – Teatro Pinocchio.